dimanche 30 janvier 2011

Presqu'un mois (déjà)

Tellement de chose à dire. Beaucoup de mouvement au cour des dernières semaines et toujours du nouveau. Entre de nombreux aller-retour entre le Golf de Fonseca et la capitale, l'arrivée de deux nouveaux accompagnateurs et les ateliers de formation en corolaire, une semaine de fou à la tête d'une délégation canado-étasunienne ainsi qu'un début de vie sociale, le temps passe extrêmement vite sur un air de punta (http://en.wikipedia.org/wiki/Punta).

Tout d'abord, si je suis allé plusieurs fois du côté du Golf, ce n'était malheureusement pas pour me faire bronzer, bien que le climat et l'immense beauté de l'endroit s'y prêtent fortement. En fait, depuis décembre le Projet d'accompagnement Honduras (PROAH) accompagne 14 habitants de la péninsule de Zacate Grande dans leur processus judiciaire. Ces derniers furent accusés de désobéissance civile suite à une violente expulsion concernant un terrain pour lequel la personne expulsée détient bel et bien des titres de propriété. Argument qui ne réussit pas à convaincre le juge local. Bien évidemment, l'histoire est extrêmement plus compliquée, raison pour laquelle je considère qu'elle mérite un article à elle seule. C'est ce dont j'ai pu me rendre compte lors de mes nombreuses visites en tant qu'accompagnateurs, puis avec la délégation. Pour faire une longue histoire courte, la péninsule entière appartient légalement depuis 30 ans à quelques privilégiés, malgré le fait que 5000 personnes y habitent depuis des générations. C'est donc à Zacate Grande que je pus me familiariser avec quelques-uns des grands noms de l'oligarchie hondurienne (Facussé, Callejas, Nasser, Flores) qui possèdent tous leur domaine privé dans la région. C'est aussi à Zacate Grande que j'eus l'occasion de me faire une idée concrète de l'immense corruption du système judiciaire, les liens entre le juge en question, le maire et les grands propriétaires terriens étant nullement subtils... Bref un terreau plus que fertile pour des conflits de toutes sortes.

Tel que mentionné au début, le projet a aussi vu l'arrivée de Tommaso, Tommi pour les intimes, nouvel accompagnateur qui passera les six prochains mois avec nous. Étrangement, ce sympathique italien et moi partageons une histoire assez similaire, Tommi ayant tout juste terminé de travailler au sein d'Acoguate, le même organisme d'accompagnement au sein duquel lequel je fis mes classes au Guatemala. Un peu plus tard arriva Lucy, une Étasunienne qui connait bien la réalité du pays et qui vient donner du temps de temps en temps de manière un peu plus ponctuelle. Cette fois-ci elle resta deux semaines, question de coïncider avec la venue de la délégation, elle-même organisée en vue du premier anniversaire du règne de Porfirio (Pepe) Lobo, élu « démocratiquement» afin de remettre le pays sur la voie de la stabilité et de l'unité nationale. Je ne cache pas que cette dernière phrase est à haute teneur en sarcasme, le pays étant toujours des plus divisés. Mais bref, pour en venir à la délégation, disons qu'avec mes deux semaines d'expérience hondurienne sous le bras ma capacité de leadership était plutôt limitée. Ceci étant dit, c'est avec toute ma bonne volonté ainsi que mon anglais quelque peu défaillant que j'assistai tant bien que mal Caitlin dans la direction de ce petit groupe de cinq personnes, toutes fortement impliquées dans divers groupes de solidarité avec l'Amérique latine. Tel que je l'avais prévu, cette expérience fut probablement aussi riche en terme de familiarisation avec le contexte local pour moi que pour les délégués. Car au cours de la semaine, nous enfilèrent pratiquement une dizaine de réunions avec des représentants de divers secteurs de la résistance hondurienne, la plupart regroupés sous la bannière du mouvement unifié d'opposition au coup d'État, le Frente Nacional de Resistencia Popular (FNRP). Pour ne nommer que ceux-là, nous nous sommes entretenus avec des campesinos qui luttent pour l'accès à la terre, des groupes de défenses des droits humains, de jeunes, de la diversité sexuelle (LGBTTI), sans oublier l'observation d'une importante manifestation, la participation à un forum et à un concert de l'excellent groupe Café Guancasco.

Depuis mon arrivée, j'avais la vague impression de me noyer dans un océan d'information et de faits (historiques, politiques, anthropologiques), que je me devais absolument de connaître afin de pouvoir me faire un tant soit peu une idée de la situation dans laquelle se trouve le pays. Je me rends compte que ce travail n'aura probablement pas de fin... Toutefois, chacune des personnes avec lesquelles la délégation a eu l'occasion de s'entretenir apportait une vision unique, pertinente et totalement complémentaire aux autres. J'en ressors donc avec un sentiment de fatigue mental très prononcé, mais oh combien satisfaisant pour l'impression d'avoir pu mettre ensemble quelques pièces de cet énorme casse-tête.

La semaine qui débute s'annonce fort intéressante. Nous nous pencherons sur certaines orientations du projet à long terme et un voyage dans l'Ouest est à considérer.

dimanche 9 janvier 2011

L'arrivée

En fait aujourd'hui est mon cinquième jour au Honduras. J'aurais bien évidemment énormément à dire sur ce que j'ai fait jusqu'à maintenant, mes premières impressions, ce que je mange, comment je me sens de vivre dans une ville libre de hipsters, etc., mais ne voulant pas tomber dans des banalités je vais me limiter au stricte minimum question qu'il me reste de quoi à dire.

Tout d'abord le départ. Après un dernier souper en amoureux ainsi qu'une nuit blanche avec quelques-uns de mes meilleurs amis, je m'envolais pour Atlanta, où j'eus à peine le temps de prendre mon transfert pour Tegucigalpa. Premier détail assez surprenante, l'apparente absence (ou presque) d'Honduriens dans l'avion, la grande majorité des voyageurs étant des jeunes étasuniens en mission médicale. Ceci étant dit, selon Caitlin, qui est ma collègue au sein du Projet d'accompagnement Honduras, la présence étrangère dans le pays est loin d'être aussi marquée que chez le voisin guatémaltèque.

Tout juste arrivé, je retrouvai les joies du chaos familier d'une grande ville d'Amérique centrale, quoique j'avoue ne jamais avoir rien vu de tel que Tegucigalpa. Premièrement, loin d'être une mégapole (comptant plus ou moins deux millions d'habitants), la ville donne l'impression d'un petit village riverain ayant explosé sur les montagnes environnantes. Il se dit ici que cette ancienne ville minière ne fut jamais conçue pour être la capitale, d'où l'absence presque totale d'un quelconque effort de planification urbaine. L'emplacement de l'aéroport, construit dans le creux d'une vallée plutôt difficile d'accès, en fait foi. Malgré tout, ceci fait en sorte que la vue sur la ville depuis les hauteurs est impressionnante et rappelle quelque peu Lisbonne. La maison des accompagnateurs est aussi perchée à flan de montagne et possède une vue imprenable sur le petit centre historique. Après quelques jours, je commence tout juste à être assez confiant pour descendre et penser pouvoir retrouver mon chemin au retour.

Par rapport au travail, les dernières journées ne furent pas de tout repos. Le travail fait par Caitlin depuis son arrivée à la fin de l'été dernier est réellement impressionnant. Je ressens donc énormément de pression pour être à la hauteur, ce qui me pousse à m'immerger complètement et le plus vite possible. Caitlin, avec tout son professionnalisme, m'est d'une très grande aide. Nous nous suivons pratiquement partout afin que je puisse rencontrer un maximum de gens, la qualité du réseau social étant bien évidemment primordiale pour ce type de travail. Énormément de lectures aussi. Le défi est donc énorme, mais je pense que je vais beaucoup me plaire ici au cours des 12 prochains mois. Les gens que je rencontre sont tous très accueillants et complètement dédiés à leur cause, ce qui est très inspirant. D'un autre côté, la question des risques liés à l'insécurité généralisée du pays, mais aussi avec la nature spécifiquement politique du travail d'accompagnement international limitent grandement notre liberté de mouvement. Bien que je m'y attendais, il reste assez difficile de passer d'un extrême à l'autre.

En terminant, demain je pars pour ma première sortie. Plus de nouvelles très prochainement!